Le premier tome du recueil des "Lettres, notes et carnets"  (Plon, 1980) de notre maître à toutes et tous s'ouvre sur une oeuvre de fiction qui a pour titre : Campagne d'Allemagne. Elle a été écrite en 1905.

     Charles de Gaulle (né en 1890) est alors âgé de 15 ans. Il est élève au collège de l'Immaculée-Conception, et il va  produire un texte... maculé de sang. Mais qu'on se rassure : d'un sang qui ne sera répandu que pour la gloire du... général de Gaulle.

     Dans cet écrit pas tout à fait prémonitoire, nous sommes transporté(e)s en 1930. L'auteur - quinze ans, redisons-le - nous présente un Charles de Gaulle qui a donc 40 ans. Il est général.

     De brigade, le plus petit général ?... De brigade, ainsi que le De Gaulle de l'Histoire a enfin pu en porter le grade en 1940 seulement, c'est-à-dire à l'âge de cinquante ans? Non. Ni avec le képi correspondant couvert de deux étoiles argentées dont les mauvais esprits diront qu'elles ne sont que de fer blanc ? Non.

     Général de division, ce qui offre trois étoiles dorées ? Non. De corps d'armée et à quatre étoiles ? Non... Le général Charles de Gaulle de 1930 "fut mis à la tête de 200 000 hommes et de 518 canons", tandis que "le général de Boisdeffre commandait une armée de 150 000 soldats et 510 canons".

     D'où nous inférons que de Boisdeffre l'étant, de Gaulle est, lui aussi, général d'armée (cinq étoiles). Après, hors grade, c'est : maréchal (sept étoiles). Il ne faudrait pas attendre 1930, mais seulement 1918... pour voir apparaître, dans une gloire à peu près inégalée tout au long de l'Histoire de France, ce trio d'élite : Joffre, Foch et... Pétain.

     Quant à notre Charles à nous, l'objet de tous nos soins, il serait, à cette même époque, empêtré dans un uniforme de capitaine beaucoup trop petit pour sa vanité rudement malmenée par un très long séjour dans les camps de détention en Allemagne (1916-1918) : carrière brisée. Ce n'était donc pas un crack, tout au plus un canasson ordinaire : c'est à peu près l'idée qu'il se fera à ce moment-là de lui-même, alors qu'il n'aura encore que vingt-huit ans...

     Mais il n'a pas fini de rêver, et nous avec lui...

     Dans la fiction de 1905 pour 1930, voici comment les choses s'enclenchent : "Le 10 février, les armées entrèrent en campagne. De Gaulle eut vite pris son plan, il fallait sauver Nancy, puis donner la main à de Boisdeffre, et écraser les Allemands avant leur jonction qui nous serait sûrement funeste." (page 14)

     Un paragraphe plus bas, un nouveau doute nous étreint, à lire que "Le général en chef jugea l'attaque de Carignan nécessaire". Le général de Gaulle serait-il carrément le chef... des armées françaises ? Il ne paraît pas que nous puissions en décider avec certitude, mais nous sommes bien près de devoir nous en laisser convaincre.

     C'est ce qui se passe dans le camp d'en face qui va nous permettre de décider de la grandeur de la tâche accomplie, dans cette guerre de 1930, par notre héros en herbe...

     Vidéo - Michel J. Cuny : Et de Gaulle... combien de morts?