Dans un premier temps cependant, la guerre va passer par une phase qui complète sans doute l'échantillonnage des modalités du combat, mais qui ne paraît guère susciter la passion du général de Gaulle. Son jeune porte-parole ne fait lui-même sans aucun doute que s'acquitter d'un devoir qui ne le passionne pas, lui non plus, en développant cet épisode. Il s'agit d'une bataille à l'arme blanche, et dans une formation qui renvoie peut-être à d'anciens usages puisqu'on y voit s'affronter des personnages qui ne sont pas les petits soldats de l'infanterie.

    Il s'y trouve même une curieuse façon de mettre fin à l'affrontement :
     "Au bout de trois quarts d'heure de ce combat, pendant lequel les Français reçurent par compagnie des renforts, le drapeau blanc flotta à l'une des fenêtres. Le colonel Millen jugeant que l'honneur était sauf mettait bas les armes." (page 17)

     Décidément, avec ce genre de combattants d'un temps ancien, il ne pourra pas y avoir excessivement de dégâts. L'intérêt est donc dans la qualité plutôt que dans la quantité. Voici ce que cela donne pour les Allemands :

     "Tués - le général Hausen, le colonel Dirach, 2 commandants, 1 capitaine, 8 lieutenants ou sous-lieutenants, 15 sous-officiers et 155 soldats. Blessés - 2 colonels, 6 commandants, 19 autres officiers et 800 hommes. Et 12 0000 prisonniers." (page 17)

     La défaite des Allemands est ainsi, d'abord et avant tout, liée à l'effet "drapeau blanc". Elle laisse même apparaître une sorte d'abandon plus ou moins honorable, comme si un certain pourcentage de galon ne pouvaient que rimer avec trahison. Mais brisons-là : voyons ce qu'il en est du côté français :

     "Tués - 1 général de brigade, 1 colonel, 4 autres officiers, 12 sous-officiers et 160 hommes. Blessés - 19 officiers, 14 sous-officiers et 748 hommes." (page 17)

     Equilibre à peu près parfait avec le bilan allemand, où il se confirme que seuls les prisonniers, et donc l'effet "drapeau blanc", ont décidé de la victoire française.

     Autre exemple particulièrement édifiant, mais dans un sens inverse, qui interviendra à quelques temps de là :

     "Mais le capitaine Grant, qui commande la poignée de Français, résiste avec une énergie superbe et lutte à 1 contre 8." (page 21)

     Dans ce cas, qu'on ne compte pas sur le coup de sifflet d'une fin de partie. Nous avons affaire à des Français, des vrais; et voilà ce que cela donne :

     "Ces derniers survivants (une vingtaine à peu près), après avoir tenu en échec 5 000 ennemis pendant quinze minutes, s'élancèrent à la baïonnette et se firent tous tuer à l'exception de trois qui, dont le lieutenant, réussirent à s'échapper, blessés, et rega-gnèrent Belle." (page 21)

     Nouvelle victoire, donc, du général en chef des armées françaises, Charles de Gaul-le :

     "Les Allemands avaient : 5 000 tués, 75 000 blessés, 10 000 prisonniers [...]. Fran-çais : tués 9 000; blessés 20 000, prisonniers 3 600." (page 21)

     Il s'agit d'un nouveau record :
     -   Français tués (2,6 fois plus), blessés (2 fois plus), prisonniers (18 fois plus) ;
     -   Allemands tués (11,6% en moins), blessés (5 fois plus), prisonniers (4,5 fois plus).

     S'il y a eu, cette fois-ci, un peu moins d'Allemands tués, nous apprenons, sept lignes plus bas, que le prince Frédéric-Charles ne peut guère s'en réjouir :

     "Malgré cela, son armée ne comptait plus que 165 000 hommes. Près de 120 000 Allemands avaient péri dans cette malheureuse campagne de France." (page 22)

     Et grâce, surtout, au général Charles de Gaulle, dont nous allons maintenant mesurer jusqu'où il prétend pousser l'art du commandement.

     Michel J. Cuny