"Enflammer les autres" ne serait-ce pas développer dangereusement le "chauvi-nisme" ? s'inquiète le bon Charles, et de répondre :

     "Mais il faudrait encore savoir si l'on aimera jamais assez sa patrie, si l'on chérira suffisamment sa mère." (page 69)

     Tiens! que vient donc faire maman ici ? Non : ce n'est pas maman, c'est la mère patrie (de pater, le père)... Un peu phagocyté, le papa... Un peu à l'état de reste... et qui aurait changé de sexe... Charles, mon petit Charles, tu nous donnes du souci : explique-toi un peu plus clairement...

     "Et que l'on songe d'autre part que c'est cet ardent amour, jugé excessif par quelques-uns, qui a créé la France et qui l'a défendue depuis quatorze siècles. Il fallait bien que Vercingétorix, que Jeanne d'Arc, que Villars fussent des chauvins pour avoir accompli les exploits que l'Histoire nous a transmis ; [...]" (page 69)

     Stop! Je t'arrête, mon chéri. Pourquoi crois-tu que l'Histoire t'a transmis les "ex-ploits" de Vercingétorix, etc... Mais alors, mon bonhomme, il faut que tu tiennes aussi le plus grand compte des "exploits" de Barbe-Bleue, dont tu sais bien qu'il a pris son modèle chez l'ami de la Pucelle d'Orléans, Gilles de Rais. Alors, parle-nous encore des "exploits" de Blanche-Neige, du Petit Poucet, et retourne très vite à la nursery, retrouver ta petite maman...

     Allons, ne fais pas ta mauvaise tête, nous t'écoutons :

     "... et ce ne sont certes pas des sentiments patriotiques raisonnés et discutés qui dirigèrent le bras de Duguesclin ou de Bayard. Le patriotisme est une véritable foi, il ne peut s'accroître en discutant, on ne doit pas lui commander mais on a le devoir de lui obéir." (pages 69-70)

     Autrement dit, on se fout royalement des arguments de pacotille, du genre Vercingétorix, Barbe-Bleue, Jeanne d'Arc, Blanche-Neige, le Petit Chaperon Rouge, mais si ça doit marcher...

     Il importe d'ailleurs que toutes ces fariboles soient absolument invraisemblables : la raison humaine doit apprendre à déraisonner pour qu'enfin naisse la passion meurtrière. C'est bien vu, mon grand, très bien vu!... Pardon de te le dire aussi crûment : tu vas mobiliser de vrais régiments de couillons, avec ton truc!... Ils vont l'aimer, la France du temps des sucettes et de la morve au nez...

     "Mais, mes chers camarades, ce serait une grande erreur de croire qu'il suffit d'aimer sa patrie pour avoir rempli les devoirs qu'elle nous impose. L'amour de votre mère vous dispense-t-il de lui obéir et de la défendre ? Aussi n'est-il pas discutable que le citoyen doit accomplir les ordres que lui donne la nation qui l'a vu naître." (page 70)

     Chic, des ordres... auxquels on obéit aveuglément, par passion, pour la "France", sans jamais raisonner donc. Elle est belle, la démocratie!... des couillons.

     Michel J. Cuny