Ce blog a été ouvert pour mettre à jour, si possible, par quel étrange phénomène il a pu se faire que la France de la seconde moitié du vingtième siècle trouve son maître, un certain Charles de Gaulle, en un personnage qui, par deux décisions très personnelles, a pu la rendre responsable de la mort de plus de deux millions d'êtres humains, dont environ 315 000 Françaises et Français.

     Nous allons peut-être mettre ici au jour, pour la première fois, une part essentielle de la réponse. Il ne s'agit cependant que d'une possibilité. Le texte que nous étudions pour l'instant, cette conférence prononcée en 1913 devant des officiers subalternes de l'armée française, émane d'un homme encore très jeune, 23 ans, et qui n'avait, pour l'heure, aucune expérience directe de la guerre. Il a, devant lui, toute une vie pour démentir sa position de départ, et nous sommes disposés à lui faire tout le crédit nécessaire pour la suite...

     Ceci étant écrit, laissons-nous surprendre :

     "Certes, la guerre est un mal, je suis le premier à en convenir, mais c'est un mal nécessaire. La guerre est une de ces grandes lois des sociétés auxquelles elles ne peuvent se soustraire et qui les chargent de chaînes en les accablant de bienfaits. Rien ne sait davantage réveiller dans un peuple les mâles vertus et les nobles enthousiasmes que le sentiment de la patrie en danger." (page 74)

     Traduisons : en dehors des temps de guerre, un homme comme De Gaulle, ça s'ennuie, ça périclite, ça divague dans l'immoralité, ça se féminise, ça se clochardise ; ça s'effondre dans le pire... Sitôt que ça va saigner, ça sera tout autre chose : c'est bien évident. Il va devenir un bienfaiteur de l'humanité. Poursuivons :

     "Les vertus d'un guerrier, tout en pouvant paraître brutales à certains, n'en sont pas moins absolument généreuses et désintéressées. En voyant sa patrie menacée par des ennemis ambitieux, le citoyen comprend de suite la nécessité où il se trouve de rester viril pour la mieux défendre. Tandis qu'une paix prolongée provoque l'amour du gain et le désir du vice." (page 74)

     Le vrai bienfaiteur de l'humanité, c'est donc celui qui procure un maximum de guerres, et de guerres aussi massacrantes que possible. Des guerres qui ne doivent qu'à peine procurer la paix, ou alors une paix très instable à l'occasion de laquelle l'instinct viril n'a pas l'occasion de trouver de quoi s'affaisser.

     De Gaulle ne veut pas vivre des temps qui ne pourraient que le faire débander par impossibilité plus ou moins prolongée de voir mourir ses compatriotes et ceux d'en face sur un champ de bataille. Il lui faut constamment être - en exigeant qu'on permette à ses semblables de courir le risque de la mort à infliger à autrui - "l'âme encor tout enveloppée du tumulte enivrant que souffle le combat, et du rude frisson que donne à qui se bat (depuis son poste de commandement) le choc mâle et clair de l'épée, mais pourquoi pas, du canon de 75 ou de tout autre arme qui n'enverrait pas que des patates...

     La guerre pourrait-t-elle avoir, pour Charles de Gaulle, d'autres raisons que de permettre son érection sexuelle dans un contexte de jouissance procurée par le crime de masses, par la destruction de tout ce que l'humain met tant d'années à faire tenir debout : son habitation, son couple, ses enfants, etc. ?

     Laissons-le répondre :

     "Certes ce serait un grand crime pour un peuple que de la déchaîner sans raison, mais c'en serait un autre que de vouloir la détruire « car sans elle, disait M. de Molkte, sans elle le monde pourrirait ». La guerre développe dans le coeur de l'homme beaucoup de ce qu'il y a de bien ; la paix y laisse croître tout ce qu'il y a de mal." (page 74)

     Pour sauver la morale publique et privée, il faut donc ne pas craindre de déclarer la guerre sans raison, simplement comme une purge tout ce qu'il y a de plus hygiénique. Sans quoi, plus d'érection, plus d'éjaculation, plus rien... Si : la pourriture généralisée. Et c'est M. de Molkte qui le dit.   

     C'est qui, d'ailleurs, ce brave type? Le réorganisateur de l'armée prussienne à la fin des années 1850, le général en chef à Sadowa (1866) comme à Sedan (1870), et l'homme qui, en insistant pour que l'Allemagne annexe l'Alsace et la Moselle, est directement à l'origine de ce que Karl Marx et Friedrich Engels ont appelé : l'insti-tutionnalisation de la guerre européenne pour plusieurs générations. Rien que ça.

     On comprend d'où vient l'admiration que lui vouait ce couillon de De Gaulle.

     A qui nous laissons le loisir de nous donner une conclusion (interrompue, sur intervention de son fils Philippe, par trois points de suspension, dont on se souvient qu'ailleurs ils ont servi à éliminer l'adverbe "souverainement" : quelle horreur avait-il bien pu ajouter ici, après tout ce que nous venons de devoir avaler en si peu de lignes ?) qui ne vaut, d'ailleurs, pas un pet de coucou :

     "La guerre est une loi de la nature, et la nature ne veut pas qu'on porte atteinte à ses lois..." (page 75)

     Michel J. Cuny