Avant même que nous puissions découvrir le rang du général de Gaulle dans la guerre de 1930 que ses quinze ans viennent d'inventer pour notre édification, nous faisons connaissance avec les dirigeants du camp d'en face :
     "Le commandement de l'armée la plus forte fut confié au général Manteuffel. Le feld-maréchal et prince Frédéric-Charles se mit à la tête de la seconde. Quant à la IIIème armée allemande elle reçut comme chef le général Mak." (page 13)

     Nous avons déjà deviné qui est le maître du côté allemand. Poursuivons notre enquête...
     "Le prince Frédéric, voyant la situation critique, se résout à empêcher l'inves-tissement de la ville. [...] De son côté de Gaulle savait qu'il jouait la partie décisive, car c'est sous les murs de Metz que l'Europe entière attachait ses regards." (pages 22-23)

     Alors, de Gaulle, général en chef ou pas?...

     Dans la confusion de la bataille, il nous arrive une information apparemment anodine :
     "Pendant deux heures les Français tinrent bon, de Gaulle arrivant à marches forcées avec les 50 000 soldats qu'il avait laissés en réserve." (page 23)

     C'est cette information qui va nous donner la clef qui nous faisait défaut, puisque, très vite après, les Français se trouvent dans une situation très délicate :
     "Mais heureusement, arrivèrent alors les réserves avec le général en chef." (page 23)

     Ainsi, rapprochant ce "de Gaulle arrivant... avec les... soldats... en réserve" des "réserves avec le général en chef", nous en déduisons que de Gaulle est effectivement ce général en chef des armées françaises qui tient tête, devant l'Europe entière, au prince Frédéric-Charles.

     D'où il est essentiel de déduire que c'est un fantasme que nourrit ici le jeune Charles : il n'éprouve nul besoin de définir la place éminente de son moi dans une bataille qui n'existe que pour et par ce moi. Un moi qui parvient tellement peu à se cantonner au strict rôle du général de Gaulle lui-même que surgit, au beau milieu du récit, cette formule plutôt extravagante, au sens où effectivement ici le jeune Charles extravague :
    
"Avec des peines et des pertes terribles les Allemands réussirent à enfoncer la division et, malgré les obus que je lui envoyais, à gagner la ville." (page 24)

     Celui qui écrit s'oublie tellement dans son écriture qu'il fait le saut de l'imaginaire...

     Dans un langage plus classique qui éclairera le rôle du fantasme, je dirai que Charles de Gaulle se livre ici à sa passion principale : la guerre. Nous n'allons pas tarder à comprendre où se situe la jouissance qu'il y trouve.

     Michel J. Cuny