En parlant joyeusement de "couillons", il ne faut pas oublier que nous sommes, toutes et tous, les enfants, ou les petits-enfants, et au-delà, de cette "couillonnerie" qui nous vient de très loin, et qui ne cesse de nous étreindre aujourd'hui encore. C'est ce que nous allons voir ici de façon succincte, mais qui se trouve détaillée dans le livre que Françoise Petitdemange et moi-même avons publié en 1986, aux Editions Cuny-Petitdemange : "Le Feu sous la cendre - Enquête sur les silences obtenus par l'ensei-gnement et la psychiatrie".

     En 1870-1871, pour ressaisir un pouvoir qui lui avait déjà en grande partie échappé, la bourgeoisie française, à travers la personne d'Adolphe Thiers, s'est entendue avec l'envahisseur prussien pour faire libérer une partie des soldats français qui avaient été faits prisonniers, et les utiliser à l'écrasement, dans des flots de sang, d'hommes, de femmes et d'enfants du peuple qui présentaient le redoutable démérite de se battre pour que la France ne plie pas devant la Prusse, et ne soit pas amenée à ce qui s'annonçait : la saisie de l'Alsace-Lorraine. Contre la cession de ces deux provinces, la bourgeoisie française a donc obtenu de réinstaller sa domination et d'institutionnaliser la guerre européenne, ainsi que l'ont souligné  Karl Marx et Friedrich Engels, à l'époque même.

     Il s'agissait, dès lors, pour la prétendue république française, de préparer la "Revanche" : objectif inscrit dans toutes les écoles primaires en particulier, avec cette carte au mur, une carte qui criait, à longueur d'année scolaire, la blessure dont souffrait la dame "France" dans l'angle en haut et à droite de son hexagone.

     Bien sûr, De Gaulle n'est pas l'inventeur des fariboles sur lesquelles il prétend s'appuyer. Il est lui-même fils de "La réforme intellectuelle et morale" (1871), ce livre essentiel d'Ernest Renan (1823-1892), qui ne doit cependant pas faire oublier son alter ego, "Les dialogues philosophiques" (1871 aussi), où nous lisons, avec une certaine surprise mêlée, peut-être, de pas mal de colère :

     "[...] le but poursuivi par le monde, loin d'être l'aplanissement des sommités, doit être au contraire de créer des dieux, des êtres supérieurs, que le reste des êtres conscients adorera et servira, heureux de les servir. [...] L'essentiel est moins de produire des masses éclairées que de produire de grands génies et un public capable de les comprendre. Si l'ignorance des masses est une condition nécessaire pour cela, tant pis. La nature ne s'arrête pas devant de tels soucis ; elle sacrifie des espèces entières pour que d'autres trouvent les conditions essentielles de leur vie. [...] Qu'importe que les millions d'êtres bornés qui couvrent la planète ignorent la vérité ou la nient, pourvu que les intelligents la voient et l'adorent ?" "Le_feu_sous_la_cendre__2", un clic ? (page 318)

    15 millions de soldats en Europe, a prédit Friedrich Engels, dès 1891... En 1913, la question principale, en France, ne peut qu'être : certains ne vont-ils pas se souvenir de ce qu'a été la dernière guerre, et se remémorer le retournement de la bourgeoise contre son propre peuple ?

     C'est donc bien le moment de parler de la "France" (rien que bourgeoise) et de Jeanne d'Arc, de Blanche-Neige, et de je ne sais quels Fripounet et Marisette... Vas-y, Charles, fais chauffer la colle!

     Michel J. Cuny